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Le Développement Durable

 
 

Les gouvernements et les entreprises font face à des changements significatifs en lien avec des mégatendances comme la croissance démographique, l'urbanisation, les changements climatiques et les contraintes en matière de ressources naturelles. Nous aidons nos clients à comprendre et agir sur ces questions afin qu'ils puissent prospérer dans ce monde en constante évolution.

 
 

Créer des partenariats pour un avenir à faibles émissions

janvier 20, 2016
 

La construction d’une société à faibles émissions de carbone nécessitera un travail de collaboration public-privé en matière de villes et de bâtiments

 

En 1800, seulement 10% de la population mondiale habitait dans des villes. En 1990, cette proportion avait atteint le seuil des 40%. Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale habitent en ville. On estime que d’ici la fin de la présente décennie, 60% de la population habitera non seulement dans des villes, mais bien dans des mégapoles(des villes dont la population s’élève à 10 millions d’habitants ou plus). D’ici 2030, pas moins de 80% de la population habitera en ville. Les conséquences environnementales et sociales de ce phénomène sont — et continueront d’être — immenses.

Ainsi, alors que la transition vers une société à faibles émissions de carbone nécessitera l’adoption de mesures par divers secteurs et à des échelles multiples, les mesures les plus importantes — et les plus pragmatiques — sont celles qui concerneront les villes en général et les bâtiments en particulier. Alors que le monde s’urbanise à une vitesse croissante, ce siècle devra être non pas seulement celui de la ville, mais bien celui de la ville à faibles émissions de carbone.

Dans ce billet de blog, je vais présenter certains programmes et initiatives majeurs de réduction des émissions de carbone mis en place grâce au travail conjoint de gouvernements et d’entreprises dans des villes de partout dans le monde. Il en existe beaucoup trop pour en faire la liste complète, et d’ailleurs, certains d’entre eux sont peut-être trop radicaux. Je me concentrerai donc sur ceux qui me semblent les plus novateurs, reproductibles et adaptables à d’autres parties du monde. Par ailleurs, j’ai choisi consciemment d’utiliser l’expression «société à faibles émissions de carbone» plutôt qu’«économie à faibles émissions de carbone», parce qu’au bout du compte, la réalisation de villes à faibles émissions de carbone est importante pour la civilisation dans son ensemble, et pas seulement pour l’économie.

 

LES VILLES EN CONTEXTE

Les émissions de carbone, les villes et l’économie sont profondément interconnectées. Les villes sont responsables d’environ 75% des émissions de carbone à l’échelle mondiale, les bâtiments et les transports comptant parmi les principaux contributeurs. Par ailleurs, les villes participent à environ 75% de la production économique mondiale. Il n’existe pas de solution unique pour créer une société à faibles émissions de carbone. Le processus nécessite une variété de solutions mobilisant divers intervenants à diverses échelles. La création de nouveaux bâtiments régénératifs et à bilan énergétique net positif sera d’une importance cruciale pour l’atteinte de cet objectif; cependant, pour vraiment atteindre la réduction d’émissions de carbone requise pour limiter la hausse des températures mondiales à moins de 2°C, les efforts devront se concentrer sur l’amélioration de la performance des actifs actuels de l’environnement bâti.

Les villes peuvent présenter des avantages pour l’environnement en raison de leur densité et de l’efficience d’échelle, mais il est important de noter qu’elles ne sont pas de faibles émettrices par essence; en fait, certaines villes ont un impact environnemental par habitant supérieur à celui des régions non urbaines. Cela signifie que la transition vers une société à faibles émissions de carbone nécessitera la mise en place de plans à la fois spécifiques, mesurables et ambitieux par les gouvernements et les entreprises.

 

DES BÂTIMENTS QUI DÉVOILENT TOUT

La divulgation publique et le référencement obligatoires de la performance des bâtiments prennent de l’élan dans diverses régions du monde, des programmes et des ordonnances à cet effet étant déjà en vigueur dans certaines parties de l’Europe, de l’Australie et de l’Amérique du Nord. La divulgation obligatoire de la performance est un moyen de faire en sorte que les propriétaires rendent compte chaque année de la performance environnementale de leurs bâtiments, notamment en ce qui a trait à la consommation d’énergie et aux émissions de carbone. Comme les données des villes ayant adopté des lois sur la divulgation des performances commencent à le montrer, cette pratique peut permettre de réaliser des économies d’énergie et de carbone en relativement peu de temps. Ce résultat s’explique en partie par le fait que lorsque la performance est rendue publique, cela peut créer une compétition amicale entre les locataires et les propriétaires de bâtiments pour démontrer publiquement leur aptitude à réduire leur consommation d’énergie et leurs émissions de carbone.

Le programme australien de divulgation des bâtiments commerciaux, par exemple, exige que la performance énergétique des grands immeubles de bureaux soit divulguée au moment de la vente ou de la location par l’intermédiaire d’un certificat d’efficacité énergétique du bâtiment. Déjà dans la deuxième année ayant suivi sa mise en place, 28% des bâtiments avaient amélioré leur cote énergétique NABERS, avec une augmentation moyenne de 13% sur l’échelle à 6 étoiles du système NABERS.

En Amérique du Nord, d’autres villes ont connu un succès similaire avec des initiatives de référencement et de divulgation obligatoires ou volontaires. À New York, la consommation d’énergie dans les bureaux a diminué de 10% en seulement trois ans. À Toronto, les bâtiments participant au programme Race to Reduce ont diminué leur consommation d’énergie de 9% en seulement deux ans, et à San Francisco, les bâtiments participants ont réduit leur consommation de 8% en moins de quatre ans. Nous pouvons nous attendre à voir des résultats similaires ailleurs dans le monde, alors que de plus en plus de villes adoptent des politiques de divulgation des performances et de référencement obligatoires.

 

DES QUOTAS D’ÉMISSION CESSIBLES... POUR LES VILLES?

En 2010, la ville de Tokyo a mis en place un dispositif de quotas d’émission cessibles avant-gardiste axé sur les émissions de carbone de ses immeubles de bureaux à plus forte consommation d’énergie, qui comptent pour plus de 40% des émissions de la ville. Alors que des programmes similaires ont été mis en place au niveau national en Europe et en Amérique du Nord, le dispositif de Tokyo est le premier au monde à voir le jour à l’échelle municipale, et le premier programme axé exclusivement sur les bâtiments. Le programme fonctionne comme suit : l’administration municipale fixe une limite supérieure (un « plafond ») aux émissions des immeubles commerciaux. Les propriétaires de bâtiments qui réduisent leurs émissions en deçà de ce plafond obtiennent ensuite des crédits qu’ils peuvent vendre aux propriétaires de bâtiments qui dépassent la limite.

Depuis le lancement du programme en 2010, les bâtiments ont déjà réduit leur consommation d’énergie et leurs émissions de 23%. En fait, le programme a si bien réussi à réduire les émissions de carbone que très peu de crédits ont été échangés sur le marché. Cela s’explique par le fait que le programme a atteint son objectif de faire en sorte que les propriétaires de bâtiments encouragent et incitent leurs locataires à adopter des technologies à faibles émissions et à fonctionner de manière plus efficiente, réduisant ainsi les émissions de la plupart des bâtiments en deçà de la limite supérieure. D’autres villes pourraient apprendre de ces leçons.

 

RÉSOUDRE LE PROBLÈME DES INCITATIFS FRACTIONNÉS

C’est souvent le propriétaire qui doit payer pour les améliorations majeures associées à l’efficacité énergétique, mais ce sont les locataires qui paient les comptes de services publics et qui en bénéficient en premier. Avec ce problème d’incitatifs fractionnés, comment les bâtiments peuvent-ils améliorer leur performance énergétique? Sans la coopération des locataires, il est difficile pour les propriétaires de bâtiments d’atteindre leurs cibles énergétiques et carboniques, et vice-versa.

La ville de Melbourne, en Australie, a trouvé une solution qui fonctionne pour surmonter cet obstacle. Pour aider à atteindre l’objectif de la ville de devenir carboneutre d’ici 2020, les propriétaires de bâtiments, les banques et l’administration municipale se sont réunis pour créer un mécanisme de financement novateur : l’accord d’amélioration environnementale (EUA). Il s’agit d’un prêt bancaire utilisé pour financer les coûts d’investissement relatifs aux mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique et dont les fonds sont repayés à la ville par l’intermédiaire de l’impôt foncier. Il est ainsi plus facile pour les propriétaires de bâtiments de répercuter les coûts des améliorations sur les locataires, qui profitent immédiatement d’un allégement de leurs factures de services publics. Depuis, la ville a également créé le fonds de développement durable de la ville de Melbourne pour aider à administrer le processus d’accord d’amélioration environnementale pour des projets particuliers tels que des installations d’énergie solaire et des améliorations de l’éclairage. Les principaux bénéficiaires de ces prêts sont les petites et les moyennes entreprises.

 

DES PÔLES REGROUPANT DES BÂTIMENTS HAUTEMENT PERFORMANTS

Des bâtiments seuls peuvent faire l’objet d’efforts pour réduire leurs émissions, mais il est possible d’en faire davantage lorsque des pôles et des communautés de propriétaires de bâtiments, d’entreprises, de gouvernements locaux et de parties prenantes de la collectivité travaillent tous ensemble.

La ville de New York, qui vise à réduire ses émissions de carbone de 80% d’ici 2050, constitue un excellent exemple de ce type de collaboration. En première ligne de l’approche adoptée par cette ville, on trouve le programme Carbon Challenge, qui fonctionne en inspirant un haut degré d’engagement au sein des organisations, en créant une plateforme pour l’échange de renseignements et d’idées et en fournissant des outils et des ressources simples pour faire le suivi des progrès accomplis tout au long du parcours. La ville s’est engagée à faire des améliorations énergétiques, à investir dans les énergies propres et à piloter des technologies à la fine pointe dans tous les bâtiments publics. En outre, les bâtiments commerciaux devront atteindre des cibles de réduction ambitieuses. Les efforts associés à ces mesures devraient permettre de réaliser des économies d’énergie de 8,5 G$ sur dix ans et de créer 3 500 nouveaux emplois.

Un autre exemple est celui de l’initiative 2030 Districts. Les quartiers participant à cette initiative sont des pôles uniques de partenariats public-privé situés dans des zones commerciales désignées à travers l’Amérique du Nord. Ils s’engagent à diminuer leur consommation d’énergie et leurs émissions de carbone de 50% d’ici 2030. Ensemble, les parties prenantes peuvent utiliser l’argument des économies d’échelle pour promouvoir autant des stratégies axées sur le marché que des solutions soutenues par le gouvernement pour les efforts de réduction des émissions de carbone. Elles peuvent également partager des ressources en matière de meilleures pratiques, de formation, d’outils et de méthodes de vérification pour mesurer les progrès accomplis. À ce jour, la douzaine de quartiers associés à l’initiative 2030 Districts en Amérique du Nord compte pour plus de 22 millions de mètres carrés de biens commerciaux. Avec des quartiers situés dans des villes aussi différentes que Seattle, Pittsburgh, Los Angeles et Albuquerque, il est clair que de telles pratiques de collaboration pour la création de pôles durables à faibles émissions peuvent être adoptées par des villes de différentes tailles.

 

DES INCUBATEURS D’INNOVATION

Les pôles d’innovation constituent un autre type d’effort de collaboration pouvant donner naissance à des technologies de villes intelligentes et à des stratégies de réduction des émissions créatives. À Londres, par exemple, le quartier des affaires de Canary Wharf a conçu le défi Cognicity Challenge à cette fin précise. Cognicity est un programme d’accélération qui a été créé pour soutenir le développement de technologies de villes intelligentes et à faibles émissions de carbone ayant des impacts économiques, sociaux et environnementaux positifs. Les gagnants du programme ont l’occasion de piloter leurs projets à Canary Wharf. Ce type de programme démontre comment la facilitation des interactions entre les développeurs, les grandes entreprises de technologie et les entreprises en démarrage peut donner le jour à des stratégies inédites pour réduire les émissions de carbone. Avec l’aide des gouvernements locaux, ce type d’innovation et de collaboration pourrait facilement être mis en œuvre dans les zones commerciales d’autres villes.

 

MONTRER L’EXEMPLE D’EN HAUT

Les gouvernements fédéraux ont eux aussi un rôle à jouer dans le soutien des partenariats public-privé pour les bâtiments et les villes. En 2015, le gouvernement de l’Australie a créé un nouveau poste au sein de son cabinet : celui de ministre des Villes et de l’Environnement bâti. Ce poste dont la création était attendue depuis longtemps vise à soutenir la collaboration entre les gouvernements locaux et les entreprises dans diverses régions pour créer des villes durables où il fait bon vivre. Les autres gouvernements fédéraux qui songent à réduire de manière importante les émissions de carbone dans les villes pourraient créer un poste similaire afin d’envoyer un signal fort aux entreprises et aux citoyens, à savoir que les questions reliées aux villes et à l’environnement bâti constituent une priorité à l’échelle nationale. L’accord international sur le climat signé lors de la récente Conférence de Paris ainsi que les objectifs de développement durable de l’ONU devraient aider à faire en sorte que les gouvernements fédéraux entreprennent une démarche similaire.

 

CONCLUSION

Cette liste est loin d’être exhaustive. Il faudra en faire beaucoup plus pour réellement devenir une société à faibles émissions de carbone d’ici 2030. Les initiatives liées à la demande, comme celles qui ont été présentées ici, ont leurs limites. Ce qu’il faut aussi, c’est une poussée vers une production et des infrastructures énergétiques à faibles émissions du côté de l’offre semblables à celles qui sont actuellement adoptées dans des villes telles que Vancouver et San Diego, et dont la recherche et le développement sont réalisés dans des institutions telles que Masdar.

J’espère avoir montré aux lecteurs qu’il existe déjà une variété de programmes de faibles émissions à la fois significatifs et pragmatiques dans différentes villes et à différentes échelles. Les chemins devant mener à une société à faibles émissions de carbone d’ici 2030 commencent déjà à prendre forme. Les prochaines étapes seront de construire sur cette diversité, de poursuivre sur cette lancée, de rendre ces initiatives plus ambitieuses et d’en accroître l’impact.

Faisons en sorte que cela se produise.

Note


 

À PROPOS DE MARK BESSOUDO

Mark Bessoudo travaille comme consultant au sein de l’équipe de développement durable et d’efficacité énergétique de WSP à Toronto. L’équipe de développement durable et d’efficacité énergétique travaille avec les clients pour déterminer les risques et les occasions favorables en matière de développement durable. Elle élabore des stratégies opérationnelles et des systèmes de gestion, conçoit et met en œuvre des procédés pour améliorer la performance des bâtiments et cherche à obtenir la reconnaissance de programmes d’étiquetage externes tels que LEED et GRESB.

 

Contact:

Mark Bessoudo
Mark Bessoudo Analyst
+1 416 644-1252, 348